Midterms : il faut virer Trump
Comme le montre magnifiquement ce chef-d’œuvre du cinéma Der Untergang, dans les derniers temps de la guerre Hitler était tout disposé à immoler l’intégralité de ce peuple allemand qui n’avait pas su se montrer à la hauteur de ses rêves de grandeur. « Périsse l’Allemagne qui ne m’a pas donné la victoire ! »
Toutes proportions gardées, le comportement de M. Trump depuis les midterms — élections de mi-mandat présidentiel — relève du même tropisme : que périsse le Parti républicain, et l’Amérique elle-même, si l’on ne me rend pas le pouvoir !
On ne connaît pas encore le résultat final des midterms au moment où j’écris ces lignes. Le deuxième tour de la sénatoriale en Géorgie aura lieu le 6 décembre. Mais une réalité est déjà acquise : ces élections marquent une défaite écrasante pour l’écurie trumpiste et révèlent le tropisme destructeur de l’Orange Man.
Les midterms sont généralement l’occasion d’une défaite cuisante pour le président en exercice — particulièrement lorsque celui-ci est aussi impopulaire que M. Biden, avec seulement 40 % d’opinions favorables. In casu, les Républicains devraient l’emporter à la Chambre, mais d’un fifrelin.
Le véritable enjeu était la maîtrise du Sénat. Lors des primaires républicaines, Trump a imposé des candidats marginaux ou inconnus du public local pourvu qu’ils adhèrent à son idée que 2020 « lui a été volé ». Narcisse, Trump exige qu’on lui chante ses mensonges pour prix de son soutien. « Miroir, ô mon beau miroir, dis-moi qui est la plus belle ? »
Le problème est qu’une élection ne se gagne pas auprès des radicaux républicains et démocrates — qui sont de toute façon acquis à leurs camps respectifs — mais auprès des indépendants. Il s’est avéré que les petits chéris de Trump étaient impopulaires auprès des indépendants et du public en général. Très exactement ce qu’avait prévu Mitch McConnell, leader républicain au Sénat, que Trump couvre constamment d’injures parce qu’il n’a pas soutenu ses velléités de renverser le résultat légal (et judiciaire) du scrutin présidentiel en 2020.
Les Démocrates, extrémistes de nos jours, ne sont pas pour autant stupides. Ils ont décidé de jouer la carte du narcissisme trumpiste en soutenant — y compris financièrement ! — les mignons de Trump lors des primaires républicaines pour mieux les pulvériser lors de l’élection proprement dite. Car, les démocrates, ce qui les intéresse, c’est gagner les élections.
Résultat : des sièges de sénateurs qui ne pouvaient pas échapper aux Républicains — Pennsylvanie, New Hampshire, Arkansas, Géorgie à confirmer — sont allés aux Démocrates.
Ces défaites, les Républicains ne les doivent pas aux Démocrates. Ils les doivent à Trump-le-fou.
Après les midterms de 2018, la présidentielle de 2020, le second tour en Géorgie en 2021, ces midterms 2022 marquent la quatrième défaite totale et évitable de Trump, désormais loser en série.
Le lendemain des élections, Trump publiait une liste de 200 candidats qu’il se vante d’avoir soutenus, et dont la majorité a été élue. Manœuvre puérile à l’usage d’un public de simples. En effet, Trump a soutenu l’écrasante majorité de ces candidats seulement la veille de l’élection en publiant une liste de ceux qui pour la plupart ne lui avait rien demandé, et dans la campagne desquels il n’avait pas investi un traître centime (parce que Trump est pingre et n’investit jamais que dans la suprême orangeade).
Exemple ? Brian Kemp en Géorgie ! Brian Kemp se présentait en Géorgie pour se succéder à lui-même en tant que gouverneur de l’État. Constatant que Kemp avait toutes les chances de l’emporter, Trump l’a soigneusement inclus à sa liste de « soutiens » le jour avant l’élection. Or, durant les deux années précédentes, Trump n’avait cessé de couvrir Kemp d’injures au motif que celui-ci n’avait pas voulu décréter, en 2020, la victoire en Géorgie de Trump — qui venait de perdre l’élection.
En Arkansas, où se présentait une autre beauté de l’écurie trumpiste pour le Sénat, Blake Masters, l’écart entre celui-ci et son rival démocrate était de plus de cent mille voix (sur deux millions seulement) alors que 90 % des bulletins étaient déjà dépouillés. Un écart énorme ! N’importe : Trump publie un tweet (un truth) dans lequel il soutient que Blake Masters ne perdra que si l’élection est truquée — ce qu’elle est en effet, dit-il. Cent mille voix « truquées » — mais zéro preuve d’un seul trucage d’une seule voix. Quand on est Trump, on ne se mêle pas de basses considérations de type preuves : on porte le Verbe ultime, la vérité révélée, le Nouveau Testament. On est la Bible vivante.
Make no mistake : je ne change pas une ligne à ce que j’ai publié sur Trump depuis 2015. Pas un circonflexe. Sa personne ne m’intéresse pas plus aujourd’hui qu’à l’époque. Il n’y a que Simplet qui vit les débats publics sur le mode affectif. Seuls importent les résultats, ce dont l’homme est l’instrument. La vision, le souffle, la manière d’embrasser l’avenir, de l’étreindre pour le façonner. Le rôle historique de Trump aura été immense, déterminant ; démiurge, Trump l’aura été. Mais ce rôle est terminé.
Saturé de lui-même, le vieil homme s’épuise à rejouer ses défaites. Il enfle comme le crapaud de la fable, brûle l’Amérique sur l’autel du Soi.
S’enfla si bien qu’il creva.