Latécoère : l’emblème de notre désindustrialisation
Malgré les incantations de notre ministre des Finances, l’industrie française continue sa descente aux enfers. Elle est passée de 24 % du PIB au début des années 2000 à 9 % actuellement.
Rien n’y fait, la France continue de perdre ses entreprises industrielles.
L’exemple Latécoère
Le groupe Latécoère a été fondée en 1917 par Pierre-Georges Latécoère, lui-même fondateur de la compagnie Aéropostale.
L’entreprise fait partie des pionniers de l’aéronautique. Elle est à l’origine de l’implantation de l’industrie aéronautique de la région toulousaine.
Elle est restée une entreprise incontournable pour l’aviation. C’est là que vont naître les hydravions Latécoère mais également des composants de l’aviation moderne, de la Caravelle en passant par le Concorde, la gamme des avions Airbus et également Boeing.
C’est dire si elle est une industrie de pointe.
En 2018, l’unité de production de Toulouse se réorganise pour devenir une usine 4.0 du futur, avec un investissement de 47 millions d’euros. L’avenir français de cette entreprise semblait donc assuré.
Après avoir accueilli à son capital plusieurs fonds d’investissement américains, la direction française en perd le contrôle et elle est contrainte aujourd’hui de délocaliser la fabrication de pièces élémentaires. Les machines vont être transférées à Prague en République tchèque et à Hermosillo au Mexique.
Une seconde unité de production, celle des armoires électriques où sont logés les câbles pour l’avion militaire A400M va être transférée en Tunisie : adieu notre souveraineté militaire !
Que faut-il en conclure ?
Encore une fois, malgré une technicité de pointe de rang 1 dans l’aéronautique et une modernisation poussée, une entreprise française centenaire implantée sur le sol français ne peut pas s’y maintenir si elle veut se pérenniser !
Ce sont presque 150 postes de travail qui vont être supprimés en France. Malgré les engagements de Bruno Le Maire de « rapatrier les industries en France », nous ne sommes même pas capables de retenir un fleuron dans notre pays.
Le problème n’est donc pas celui que l’on veut nous faire croire, qui serait imputable aux chefs d’entreprises mais une triple pénalisation des entreprises françaises sur le territoire français dans les points cruciaux.
Charges et impôts excessifs plombent la compétitivité des entreprises
Ces charges augmentent les coûts de production qui deviennent insupportables, surtout pour les industries de pointe qui nécessitent l’embauche de cadres. Par rapport à l’Allemagne, elles sont deux fois plus élevées pour un salaire de 4000 euros et trois fois plus pour un salaire de 8000 euros !
Un cadre français qui espère un salaire net identique à son collègue allemand doit s’expatrier ou faire pression sur son employeur qui verra son coût de main-d’œuvre exploser encore davantage.
Contraintes administratives délirantes
La France est le pays aux 400 000 textes réglementaires et circulaires, contre 80 000 en Allemagne… Et ce sont les Allemands qui veulent en réduire le nombre.
C’est une obsession française : dans la retransmission des normes et décrets européens en droit français il faut y ajouter chaque fois des contraintes supplémentaires non justifiées si ce n’est pour essayer de faire croire que nous sommes les plus vertueux.
Enfin, une majorité de fonctionnaires et administrations éprouvent une détestation pour l’entreprise et son homme à abattre qu’est le chef d’entreprise. J’en ai eu l’expérience durant mes 42 années professionnelles.
Temps de travail
Il est de 30 % inférieur à celui de l’Allemagne. Le Français commence à travailler plus tard. Sur une année, un employé à temps complet travaille 1663 heures contre 1849 heures pour un Allemand. Celui-ci prend sa retraite à bientôt 67 ans contre 62 ans jusqu’à présent pour la France. Il faut y ajouter le temps passé au chômage, en arrêt maladie, en RTT et jours de grève.
Résultats de la politique industrielle
Le PIB français
Il augmente beaucoup moins que celui de nos voisins.
Mais surtout le PIB par habitant se dégrade : – 4% en deux ans. Le PIB par habitant en parité de pouvoir d’achat est passé en France de 26 000 dollars en 2000 à 40 000 dollars en 2017 soit une augmentation de 54 %. En Allemagne il est passé de 35 000 dollars à 65 000 dollars, soit une augmentation de 86 % (source Insee), le pouvoir d’achat y est donc en moyenne supérieur au nôtre de 60 %.
Le déficit commercial
En 2022 à 164 milliards d’euros il bat tous les records. Malgré une baisse de 56 % par rapport à 2021, l’Allemagne annonce un solde excédentaire de 76 milliards d’euros. Cet écart de 240 milliards est principalement dû à la faiblesse industrielle française qui devient extrêmement dangereuse.
Le mal-être des Français
Ils se voient distancés par pratiquement tous les pays de l’OCDE. On a fait croire qu’il suffisait d’endetter nos petits-enfants pour compenser nos lacunes. Mais maintenant, ayant dépassé le supportable, la réalité nous a rattrapés et une majorité de nos concitoyens réagissent, parfois violemment comme constaté ces derniers jours, attisés par une frange de gauchistes voire ultragauchistes qui n’ont comme projet que de casser le pays.
Entreprises, je vous aime…
Devant cette hécatombe, nos politiciens économiquement incompétents cherchent désespérément des remèdes à ce délitement du parc industriel.
Ça passe par des déclarations d’amour aux entrepreneurs, des mesurettes parfois contre-productives ou des aides trop ciblées qui vont satisfaire plutôt les chasseurs de primes que l’ensemble des acteurs économiques confrontés à une concurrence qu’ils savent non équitable.
Oubliant les principes même d’une saine concurrence, ils s’enfoncent dans un déni de réalité en testant n’importe quoi et ce sera celui qui a l’idée la plus saugrenue qui sera retenu.
La logique est pourtant extrêmement simple : pour être efficace une entreprise industrielle doit se créer, se développer voire se rapatrier dans un environnement économique favorable. Ce qui implique quelques évidences :
- Un temps de travail équivalent aux concurrents européens.
- Une fiscalité dans la moyenne européenne.
- Un environnement normatif non défavorable.
- Un système éducatif qui doit laisser une place importante à la préparation d’un futur métier.
- Un changement d’état d’esprit de l’administration qui doit cesser de considérer l’entreprise comme un ennemi au lieu de la soutenir et l’accompagner dans son développement.
Il n’y a pas d’autres solutions pour rendre l’industrie française compétitive. Les Allemands l’ont compris au début des années 2000. C’est pourquoi ces mesures de bon sens doivent être prises très rapidement et sans trembler, sinon le FMI et la BCE les imposeront sous peine de ne plus pouvoir se refinancer et donc ne plus pouvoir payer nos fonctionnaires et les services publics.
On a tout essayé
Mitterrand déclarait en fin de mandat « contre le chômage on a tout essayé »…
Sauf ce qui marche, c’est-à-dire justement les cinq points énumérés ci-dessus. Depuis 1975 aucun de nos dirigeants ne les a appliqués sinon à dose homéopathique.
Sont-ils incompétents, lâches, trop dogmatiques, manipulés ? aucun n’ose dire la vérité aux Français. Le seul système qui cumule efficacité et liberté c’est le libéralisme économique, celui qui nous détruira c’est l’égalitarisme à la française.