Rémunération des PDG : Oxfam ravive un vieux débat populiste
À l’occasion de « la Journée internationale des travailleurs », Oxfam a publié, en collaboration avec la Confédération syndicale internationale (CSI), une étude sur la rémunération des PDG. À échelle mondiale, elle aurait augmenté près de 20 fois plus vite que celle des travailleurs en 2025 (11 % contre 0,5 %). Un dirigeant gagne en moyenne 8,4 millions de dollars par an, soit l’équivalent de 490 années de salaire pour un travailleur moyen. Comble de l’injustice : depuis 2019, les salaires réels auraient reculé de 12 %, tandis que ceux des PDG auraient bondi de 54 %. En France, la tendance serait similaire, avec des rémunérations en hausse de 18 % pour les dirigeants de certains groupes du CAC 40 et des dividendes versés qui ont franchi la barre symbolique des 100 milliards en 2025.
Une accumulation de chiffres qui ne dit pas grand-chose de la réalité du monde de l’entreprise : l’étude repose sur une confusion classique entre inégalités de revenus et injustice économique. Comparer la rémunération d’un PDG à celle d’un salarié moyen n’a de sens que si l’on ignore totalement les différences de responsabilités, de compétences et de création de valeur. Les dirigeants des grandes entreprises opèrent dans des environnements concurrentiels mondiaux, avec des enjeux financiers et stratégiques considérables. Leur rémunération reflète cette exposition au risque et à la performance – une dimension totalement absente de l’analyse d’Oxfam, qui part du principe selon lequel des différences seraient nécessairement des inégalités.
Autre angle mort : les facteurs macroéconomiques. La stagnation relative des salaires depuis 2019 tient en grande partie aux chocs inflationnistes post-Covid et à la crise énergétique mondiale – et non à une prétendue « captation » des richesses par les dirigeants. L’étude ne fait que mentionner, en creux, certains éléments de contexte (inflation, demande d’énergie, mutations technologiques) et interprète l’écart entre dirigeants et salariés comme le résultat d’un déséquilibre de pouvoir (multinationales, actionnaires, affaiblissement du dialogue social), plutôt que comme la conséquence d’un phénomène conjoncturel. Or, lorsque l’on observe les tendances à plus long terme, on se rend compte que les salaires réels ont progressé dans la plupart des pays du monde, et que l’augmentation du nombre de milliardaires coïncide avec la baisse de la pauvreté.
Enfin, les solutions avancées par Oxfam, comme la taxation accrue des « ultra-riches » ou le plafonnement des rémunérations des PDG, ignorent les effets pervers associés : fuite des capitaux, délocalisation des sièges sociaux, affaiblissement de l’attractivité économique d’un pays… En prétendant « corriger » les écarts, l’ONG plaide pour des politiques qui vont surtout pénaliser la création de richesse elle-même.
L’article Rémunération des PDG : Oxfam ravive un vieux débat populiste est apparu en premier sur Contrepoints.