La révolution Macron n'a pas (encore) eu lieu
POLITIQUE - En élisant "un président de 39 ans, qui n'avait aucun parti, que personne ne connaissait et qui sortait de nulle part, la France a stupéfait l'Europe et le monde". Bien conscient de la rupture qu'a représenté son arrivée à l'Elysée au nez et à la barbe de tous les partis de gouvernement, Emmanuel Macron peut laisser se refermer cette année 2017 sans regrets, même si une grande partie de la "révolution" promise pendant sa campagne se jouera en 2018.
Cette année, celui qui, il y a douze mois, était encore un outsider doublé d'un nouveau venu dans le sérail politique, n'a eu de cesse de faire mentir tous les pronostics de ses adversaires et des observateurs. Vainqueur d'une élection présidentielle promise à François Fillon, le fondateur d'En Marche s'est offert en prime une très large majorité à l'Assemblée nationale, précipitant ainsi un renouvellement générationnel sans précédent au Palais-Bourbon.
Un président qui a fait le vide autour de lui
L'ancien ministre de François Hollande ne s'est pas contenté de siphonner les forces vives (et les électeurs) d'un Parti socialiste sorti éreinté du précédent quinquennat. En nommant le juppéiste Edouard Philippe à Matignon, le plus jeune président de la République est également parvenu à arracher une partie de l'aile progressiste des Républicains, asphyxiant de fait toute opposition directe sur sa gauche comme sa droite.
Surinterprétant la partition du président au-dessus des partis, à la fois monarque jupitérien et chef de guerre impitoyable, Emmanuel Macron a pu désemparer l'opinion qui s'est mise à douter au coeur du conflit social autour de la réforme du code du travail, prolongement libéral assumé de la loi El Khomri.
Mais en tenant bon face aux syndicats et aux coups de boutoir de la France insoumise, en profitant habilement du repli des Etats-Unis pour s'imposer comme le nouveau champion du multilatéralisme à l'international, le chef de l'Etat a rassuré ses électeurs de gauche comme de droite, comme en témoigne sa courbe de popularité repartie en nette hausse en cette fin d'année.
C'est donc un président en position de force et porté par une conjoncture économique favorable qui présentera ce dimanche 31 décembre ses voeux aux Français pour la nouvelle année. Il n'en demeure pas moins que le plus gros du chantier de la "transformation" promise par le président reste à venir.
Les grandes réformes, c'est maintenant
Conscient qu'il lui faut agir vite s'il veut espérer obtenir des résultats tangibles avant la fin de son mandat, Emmanuel Macron a ouvert des chantiers tous azimuts, et non des moindres. Or beaucoup d'entre elles ne dépendent pas de son bon vouloir et certaines pourraient réveiller de violentes passions dans le pays.
Dès le début d'année, il lui faudra trancher pour du bon la question de l'aéroport de Notre-Dame-des-Landes. Un dossier qui a empoisonné le quinquennat de son prédécesseur et qui pourrait provoquer le départ de son emblématique ministre de la Transition écologique, Nicolas Hulot.
Sur le plan international, sa grande réforme de l'Europe aux accents fédéralistes attend toujours la constitution d'un hypothétique accord de coalition entre Angela Merkel et les sociaux-démocrates allemands. Si elle échoue ou si elle patine, Emmanuel Macron devra en rendre compte à l'occasion des élections européennes de 2019 en vue desquelles ses principaux adversaires, Jean-Luc Mélenchon, Marine Le Pen et Laurent Wauquiez misent sur un positionnement euro-critique.
Sur le plan intérieur, les projets ambitieux et/ou délicats s'accumulent, là encore sans garantie de succès. Réforme du bac, de l'assurance-chômage, de l'asile et de l'immigration, de l'audiovisuel public, ouverture de la PMA à toutes les femmes sont autant de dossiers potentiellement explosifs pour une majorité hybride et surtout remobilisateurs pour les adversaires du chef de l'Etat.
Encore plus délicate, la grande réforme constitutionnelle qui doit notamment permettre de renforcer l'indépendance de la justice, réduire le nombre de parlementaires et instaurer le non-cumul des mandats dans le temps s'annonce compliquée face à un Sénat contrôlé par une droite certes constructive mais peu décidée à offrir des cadeaux au jeune président.
Emmanuel Macron sera-t-il submergé par cet empilement de défis ou parviendra-t-il une fois encore à déjouer les pronostics? S'ils lui accordent le bénéfice du doute, les Français restent dans l'expectative. Comme le résume le politologue Bruno Cautrès, "la remontée de popularité d'Emmanuel Macron n'a nullement effacée la "wait and see" (attendons de voir, ndlr) attitude de nombreux Français qui ne demandent qu'à être conquis mais qui doutent encore..."
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