Allemagne: le SPD se prononce sur l'accord de gouvernement avec la CDU de Merkel, voici les rares concessions qu'il a pu obtenir
INTERNATIONAL - Vendredi 12 janvier: en Allemagne, en France et à Bruxelles, c'est le soulagement après l'annonce de l'accord conclu entre la CDU et la direction du SPD pour former un gouvernement de coalition en Allemagne, après trois mois d'instabilité. Un répit qui pourrait être de courte durée.
Un congrès réunissant les 600 délégués du parti social-démocrate doit encore valider ou non, ce dimanche 21 janvier, pour valider le principe d'une nouvelle "grande coalition" avec les conservateurs de la chancelière Angela Merkel. Il s'agit, pour les élus de centre-gauche, de se prononcer sur un texte qui leur fait peu de concessions.
L'Europe, seule vraie victoire du SPD (et de Macron)
En effet, à l'exception du volet européen, c'est majoritairement la voix de la CDU qui s'est imposée dans le texte de l'accord. Ce qui est loin de satisfaire l'ensemble des sociaux-démocrates. Le week-end qui a suivi, de nombreuses voix se sont faites entendre contre le texte et l'idée même d'une nouvelle coalition avec les conservateurs. Les fédérations de Berlin et de Saxe-Anhalt ont d'ores et déjà affiché leur opposition, tout comme le mouvement des "jeunes" du parti.
Si Emmanuel Macron s'est autant réjoui de l'annonce de l'accord, c'est sans doute parce qu'il sert ses ambitions européennes. Dans son discours à la Sorbonne, le président français avait multiplié les propositions de réformes de l'Europe (de la défense à la fiscalité, en passant par l'innovation et l'immigration) avec comme moteur le couple franco-allemand. Des projets difficiles à mener avec la seule CDU, qui sans rejeter intégralement les propositions du président français, se montrait moins enthousiaste que son rival social-démocrate, qui défend l'idée fédéraliste d'"Etats-unis d'Europe".
Fruit du compromis, le texte de l'accord apporte finalement un soutien mesuré aux propositions de réformes françaises. "Nous voulons, en étroite collaboration avec la France, renforcer durablement et réformer la zone euro" afin qu'elle puisse "mieux résister aux crises", indique le document, sans entrer dans le détail.
L'idée d'un "Fond monétaire européen" pour surveiller les déficits des pays membres (bien que différente de celle proposée par Emmanuel Macron) y est abordée, tout comme celle d'une meilleure intégration européenne dans les domaines de la défense ou de la politique d'immigration. Dans le texte, les Allemands se disent aussi prêts à augmenter la contribution nationale au budget de l'Union européenne.
Ailleurs, un bilan en demi-teinte pour le SPD
Mais l'autre sujet qui fâche en Allemagne, c'est l'immigration. "Nous n'allons pas céder" sur ce point avait déclaré en amont le chef de file de la CSU, allié bavarois (et plus conservateur) de la CDU. "Nous avons déjà payé un prix élevé pour la politique de réfugiés de Berlin", avait-il lancé, dans une allusion critique à la politique menée par Angela Merkel pendant son mandat précédent. Et ils ont tenu parole.
L'accord prévoit donc de limiter le nombre de demandeurs d'asile arrivant annuellement à environ 200.000 par an, un chiffre qui comprend les réfugiés de guerre, les nouveaux arrivants concernés par le regroupement familial et les réinstallations, en tenant compte également du nombre d'immigrés qui quittent le territoire allemand. Les négociateurs se sont également mis d'accord sur une forte limitation du regroupement familial avec un maximum de 1000 personnes pouvant prétendre à ce dispositif chaque mois, une mesure décriée par le SPD.
Côté économie, on pourrait penser que tout va pour le mieux: avec 45 milliards d'euros dans les caisses allemandes, le gouvernement -quel qu'il soit- disposera d'une marge de manœuvre confortable.
De quoi satisfaire les demandes du SPD, qui prônait une plus grande justice sociale? Pas vraiment.
Sur les thèmes de l'emploi et de la santé, le parti social-démocrate a aussi dû céder du terrain. La proposition du SPD de durcir le code du travail en empêchant les entreprises d'embaucher pour des CDD de 2 ans au lieu de CDI sans justification semble pour l'instant être passée à la trappe. La réforme de la protection maladie voulue par le parti de Martin Schulz, qui souhaitait la création d'une sorte de Sécurité sociale à laquelle tout le monde devrait cotiser, a également été revue à la baisse: l'accord prévoit seulement que les employeurs participeront davantage au financement des assurances des caisses publiques.
Sur le plan fiscal, le document précise qu'il n'y aura pas d'augmentations d'impôts pour les plus aisés alors que les sociaux-démocrates demandaient une hausse de 42 à 45% du taux d'imposition maximal.
Sans accord, c'est l'extrême droite qui pourrait triompher
Au-delà du texte, les sociaux-démocrates ont une autre raison de se montrer réticents à l'idée d'un nouveau partenariat avec la CDU. Après quatre ans de "grande coalition", certains élus, comme le maire SPD de Berlin, Michael Müller, ont souligné le paradoxe que représenterait une nouvelle alliance SPD/CDU après le revers cuisant des deux partis aux législatives. "Refaire la même coalition avec la même politique ne constitue pas la réponse appropriée", a souligné le maire de la capitale allemande dans une interview au Tagesspiegel.
Si la base du SPD décide de se désolidariser de sa direction, il ne restera plus que deux options à Angela Merkel: diriger le pays avec un gouvernement minoritaire ou se résoudre à de nouvelles élections anticipées. Or, ces élections pourraient ne pas jouer en faveur du SPD. Selon le dernier sondage INSA, le parti recueillerait seulement 18,5% des voix en cas de nouvelles élections, soit deux points de moins que lors des élections législatives du 24 septembre, qui marquait déjà son pire résultat depuis 1949.
A l'inverse, ce scrutin pourrait jouer en faveur du parti d'extrême droite AfD (Alternative für Deutschland), qui avait obtenu un score historique avec 12,6% des voix lors des dernières législatives.
Mercredi 17 janvier, les leaders sociaux-démocrates ont appelé les délégués à ne pas voter contre l'accord, qui peut encore être modifié, ont assuré les dirigeants des deux partis pour calmer les esprits. Martin Schulz tente notamment de convaincre la fédération de Rhénanie du Nord-Westphalie, qui représente plus du quart des délégués, de soutenir les négociations. De son côté, Angela Merkel, tout en assurant "ne pas vouloir s'en mêler", a déclaré miser sur le fait que "la social-démocratie pendra une décision responsable." Elle a réitéré sa demande lors de sa visite à Paris vendredi 19 janvier, en présence d'Emmanuel Macron: "Je forme le vœux que le congrès du SPD donne un feu vert, je suis confiante", a déclaré la chancelière.
Rien n'indique cependant que son souhait sera exaucé. Car même si le "oui" l'emporte au congrès de ce dimanche, il faudra encore obtenir l'approbation de la majorité des 443.000 membres du parti, comme l'a promis Martin Schulz.
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