Uniforme et neutralité religieuse, les deux sujets qui crispent certains députés
POLITIQUE - Bataille vestimentaire à l'Assemblée, épisode 3. Après l'abandon de la cravate suivi du coup médiatique du maillot de foot du député LFI François Ruffin, le président de l'Assemblée François de Rugy (LREM) avait prévenu en fin d'année qu'"à partir du moment où l'autorégulation ne suffit pas, le bureau (...) rappellera des règles" en matière de bienséance textile au Palais-Bourbon.
Chose promise, chose due. Cette proposition d'un dress code parlementaire est examinée ce mercredi 24 janvier par le bureau de l'Assemblée, sa plus haute instance collégiale. Le texte, que l'AFP s'est procurée auprès d'un autre membre du bureau, indique que "la tenue vestimentaire adoptée par les députés dans l'hémicycle doit rester neutre et s'apparenter à une tenue de ville. Elle ne saurait être le prétexte à la manifestation de l'expression d'une quelconque opinion : est ainsi notamment prohibé le port de tout signe religieux ostensible, d'un uniforme, d'emblèmes, logos ou messages commerciaux ou de slogans de nature politique". "Il est interdit de téléphoner à l'intérieur de l'hémicycle", ajoute le document.
Une rédaction qui est loin de faire l'unanimité dans la majorité comme dans l'opposition. "Ce qui les inquiète, c'est que cette Assemblée devienne une tribune populaire. Comme ils ne savent pas faire ça, ça les embête. Alors ils nous passent les menottes!", s'est offusqué sur Europe1 François Ruffin, un habitué des polémiques vestimentaires et qui avait choisi de porter un maillot vert de l'Olympique Eaucourt, petit club d'Eaucourt-sur-Somme, pour défendre le sport amateur à la tribune de l'Assemblée nationale.
Député Modem du Finistère, Erwan Balanant rejoint son collègue de la France insoumise et s'inquiète d'une "mise à l'uniforme" des députés. Au risque de les éloigner encore davantage de leurs électeurs. "Avatn mon élection, j'étais élu local et photographe. Et le dress code n'avait rien à voir. J'avais deux chemises et j'ai acheté un costume pour me rendre à l'Elysée", raconte-t-il pour l'anecdote. Soucieux que chacun soit responsabilisé pour éviter les abus, le député plaide en faveur d'un "code suffisamment souple pour être appréhendé par tout le monde, quel que soit son parcours et son identité".
Comme lui, certains parlementaires redoutent que la rédaction d'un code écrit (jusqu'ici les règles vestimentaires étaient non écrites) restrictif ne soit justement le prétexte à des transgressions de la part d'élus en mal de visibilité médiatique.
La neutralité religieuse imposée aux députés
Un autre volet du code préparé la présidence de l'Assemblée pourrait lui aussi réveiller de vieilles polémiques: celui consacré à l'interdiction de signes religieux "ostensibles". Si, pour le coup, les députés Insoumis y sont favorables, cette nouvelle règle marque une rupture dans l'histoire parlementaire française où plusieurs élus se sont distingués par le port de la soutane. "Les ecclésiastiques furent très nombreux à siéger dans les Chambres comme l'abbé Sieyès, l'abbé Grégoire, ou l'évêque Talleyrand qui fut même le Président de l'Assemblée nationale constituante. Un siècle et demi plus tard, c'est l'illustre fondateur du mouvement Emmaüs, l'abbé Pierre, qui fera son entrée au Palais Bourbon, tout comme le résistant chanoine Kir qui fut le dernier prêtre député à avoir porté la soutane sur les bancs de l'hémicycle", rappelle à raison Samir Hammal, enseignant à Sciences-Po et créateur d'un cours sur "les habits du pouvoir".
Si elle vise à éviter les provocations religieuses sans raviver le débat sur la laïcité (l'expression est empruntée à la loi sur la laïcité à l'école), l'initiative pose malgré tout la question du respect de la liberté individuelle du député et ne manquera pas de nourrir les polémiques. En juillet dernier, la député mahoraise Ramlati Ali, dont l'élection a depuis été annulée, avait été prise à partie en portant un châle traditionnel assimilé (à tort) à un voile islamique. Des sources parlementaires se sont mêmes inquiétées d'une possible interdiction des médailles de baptême ou étoiles de David dans l'hémicycle.
Le député Modem Erwan Balanant s'interroge quant à lui sur la constitutionnalité d'une telle interdiction. C'est aussi ce que pense le juriste Pierre-Henri Prélot cité par le journal La Croix.
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