Paul Vecchiali : “Ça va faire soixante ans que je suis producteur, réalisateur, auteur”
Né en 1930, ancien élève de l'Ecole polytechnique (comme deux autres cinéastes très différents : André Hunebelle et Jean-Charles Fitoussi), rédacteur souvent iconoclaste des Cahiers du cinéma dans les années 1960 (il y taquinait volontiers Robert Bresson), ami proche de Jean Eustache et de Jacques Demy, figure mythique du cinéma indépendant des années 1970, fondateur de la boîte de production légendaire Diagonale (qui permettra à Jean-Claude Biette, Jean-Claude Guiguet, Marie-Claude Treilhou, Claudine Bories, Noël Simsolo, plus tard Frot-Coutaz et Tonie Marshall de passer à la réalisation), spécialiste et fan du cinéma français des années 1930, mais surtout cinéaste original, libre (son cinéma n’a aucune inhibition sexuelle – il a réalisé en 1975 un très beau film avec des scènes de sexe non simulées, Change pas de main), auteur de quelques films parmi les plus audacieux et lyriques du cinéma français : Corps à cœur (1978), Once More (1988) et surtout son chef-d’œuvre absolu, Femmes, femmes (1974).
Il sort aujourd’hui, à 90 ans, un nouveau film, Un soupçon d'amour, l'un des plus accomplis de sa pourtant profuse filmographie (plus de cinquante œuvres pour le cinéma ou la télévision). Il y retrouve dans les rôles principaux trois acteur·trices magnifiques et fidèles : Marianne Basler (jamais on n'a vu une actrice trembler comme elle tremble quand l'émotion s'empare d'elle), Jean-Philippe Puymartin (tout en dureté) et Fabienne Babe (la grâce absolue). Nous l’avons interviewé fin août par téléphone (il vit dans le sud de la France), et c’est un jeune homme au moral et à l’intellect impressionnants, volontiers espiègle, avec lequel nous avons une nouvelle fois eu le plaisir de parler de cinéma. Il prépare actuellement son prochain film, qui devrait s'intituler Pas de quartier.
Comment avez-vous vécu le confinement ?
Comme tout le monde, je dirais. Nous vivons tous dans l’expectative, mais cette période m’a été profitable : j’ai écrit trois romans et un recueil de nouvelles ! (rires)
Comment est né Un soupçon d’amour ?
Je ne voudrais pas le dévoiler aux lecteurs, car je le fais à la fin du film par un carton. Disons que c’est né d’une expérience intime qui remonte aux années 1950 et qui a beaucoup pesé sur moi toute ma vie. J’ai très longtemps hésité à faire ce film, car je butais sur le fait que je voyais un homme dans le rôle principal. Et je n’arrivais pas à m’identifier à lui, ça ne marchait pas.