COVID-19 : la fièvre monte aux urgences
Par Margot Arold.
L’inquiétude est palpable parmi les médecins des urgences, en première ligne pour détecter le coronavirus désormais nommé COVID-19. Ces soignants disent ne pas disposer de moyens de protection, malgré leurs demandes répétées.
Or le taux de contamination des soignants est le plus haut de la population.
Médecins inquiets
Les urgentistes s’inquiètent de ne pas pouvoir obtenir de masques de protection. La réponse qui leur est faite est que ce n’est pas nécessaire tant qu’ils ne sont pas face à un cas avéré de COVID-19.
« On n’a aucune protection adéquate du personnel, malgré des publications qui montrent un fort taux de patients porteurs asymptomatiques et un fort taux de transmission au personnel médical. »
Effectivement, les publications tout à fait scientifiques, notamment celle que le sérieux The Lancet a mis en ligne en libre accès afin de diffuser au maximum l’information, indiquent :
« Recent evidence suggests that even someone who is non-symptomatic can spread COVID-19 with high efficiency. »
Des preuves récentes suggèrent que même une personne qui ne présente pas de symptôme peut transmettre COVID-19 avec une grande efficacité.1
Des cas un peu vite considérés comme non suspects
Plusieurs témoignages évoquent une forme de légèreté de la part des instances de santé auxquelles les cas suspects doivent être référés2.
Quand un urgentiste constate un cas suspect, pour établir un diagnostic éventuel de COVID-19, il doit appeler le centre 15, qui lui ordonnera de considérer le cas comme « cas suspect » ou « cas possible » en fonction d’une grille d’évaluation qui au 28 février retenait toujours parmi les critères principaux un déplacement en Chine ou en Italie3, alors qu’il est prouvé que la contamination s’effectue entre personnes n’ayant pas voyagé hors de leurs pays.
« Du coup, comme les cas sont sous-détectés, les autorités disent que le virus ne circule pas. »
Une bureaucratie pesante
Génie de l’ARS. Si un patient doit bénéficier d’un confinement de 14 jours, c’est au médecin de l’ARS de valider. Il faut les appeler, les avoir, puis ils envoient un courrier comme ça le patient confiné peut retourner chez son médecin et chez son employeur pour le faire remplir pic.twitter.com/ziWwZUul4s
— Christian Lehmann (@LehmannDrC) February 28, 2020
Le centre 15 est débordé.
« « On ne peut pas tout maîtriser », voilà la réponse qui nous est faite. »
Certains évoquent des services d’urgences déjà en tension :
« C’est sur cet hôpital fragilisé que va survenir cette crise sanitaire ».
Les tests et les labos ?
« On ne dépiste pas systématiquement les malades aux entrées des urgences. »
« Aucun test n’est disponible dans les différents services hospitaliers, sauf peut-être certains centres spécialisés en infectiologie. »
Les tests qui sont effectués sont pour l’heure faits « manuellement », et une automatisation n’est pas prévue avant la semaine prochaine.
Certains soignants réclament une mise en place de tests très faciles à mettre en œuvre, par des laboratoires mobiles (par exemple ici et ici, mais il y a de nombreux fabricants) : certains ont la taille d’une « Game Boy » et fournissent un résultat rapide.
Problème : l’État a habilité seulement une poignée de laboratoires à effectuer ces tests. Les soignants se sentent donc non seulement impuissants, mais aussi dépendants d’une bureaucratie qui n’a pas lieu d’être dans ce contexte.
Sans compter un sentiment diffus qu’on ne leur fait pas confiance et qu’il faut impérativement passer par les services mis à disposition par l’État pour avoir le « droit » de faire remonter des cas suspects à leurs yeux de soignants.
Certains urgentistes se veulent optimistes malgré tout :
« Ce ne sont pas des décisions gouvernementales qui vont « sauver le monde » mais plus probablement des initiatives locales et du bon sens. »
Une question se pose alors : l’État se fait fort de toujours tout gérer, de s’immiscer toujours davantage dans toutes les parties de nos vies. Quand tout va bien, on voit déjà les fissures de la gestion publique. Que se passera-t-il si les choses devaient économiquement ou sanitairement tourner mal ?